Imprimer

Le coach du Servette FC était à l'affiche du programme de match de Rapperswil. Rencontre avec un homme généreux et humain, qui a réalisé beaucoup de ses rêves.


Qui êtes-vous, Alain Geiger ?

Je suis un enfant du ballon. J’ai grandi dans les quartiers sédunois où je jouais dans la rue. Pendant ma scolarité en Valais, le football m’a attiré très tôt. J’ai vite voulu devenir joueur professionnel. Je suis un gars discipliné et respectueux, des valeurs que j’ai reçues de mes parents, qui sont toujours en vie. 

Avez-vous toujours voulu entraîner, déjà en tant que joueur ?

Oui. J’avais souvent la mission d’être capitaine dans les équipes. Déjà quand j’étais gamin, j’organisais des tournois de rue. Petits et grands, on jouait tous ensemble le dimanche après-midi ou le soir après l’école, avec deux gros cailloux pour faire les buts. C’est aussi pour cela que je suis parti en Afrique, je voulais retrouver ce ressenti de l’enfance. C’est l’essence même d’où je viens et de ce que j’ai voulu être à travers le football. 

Quel type d’entraîneur êtes-vous ?

A mes débuts, j’étais strict et rigoureux vis-à-vis de moi-même. Je me préparais beaucoup, je voulais que mon entourage et mes joueurs en fassent de même. Lorsque j’étais en Afrique, les choses ont changé. On a plus de temps, on est décontracté, on discute davantage. Avec la maturité et l’expérience, la vision du travail évolue. Aujourd’hui, je suis plutôt paternaliste, je veux aider le joueur et me mettre à son service, donner le maximum de conseils. J’écoute plus mon entourage qu’au début. Je me suis rendu compte que tout ne tournait pas forcément autour de moi, mais essentiellement autour des joueurs. Ils sont sur le terrain et ont la responsabilité de jouer. Je distille de petites touches d’accompagnement pour qu’il y ait de la discipline et de la créativité. J’organise le jeu en laissant la liberté aux acteurs.

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos expériences africaines ?

On voit souvent l’Afrique comme une destination de vacances. Mais il s’en passe des choses ! Au niveau du football, il y a beaucoup de compétitions, de la pression, de gros matches. J’y ai fait six matches de Champions League. A midi, en plein soleil à 32° degrés, les stades sont déjà pleins, même si le match a lieu le soir. Des brancardiers sortent les spectateurs sur des civières, déshydratés. J’ai fait un match au Caire devant 110 000 spectateurs. Ces cinq années ont représenté beaucoup de travail et surtout un atout. Travailler en Afrique, c’est aussi faire de l’humanitaire. Il y a beaucoup de misère, les gens ont peu de choses, donc on les aide. On les écoute, les réconforte. On dit aux joueurs qu’ils ont toutes les qualités pour faire carrière. Quelque fois, j’ai donné un peu d’argent pour aider. En Algérie, on m’a dit qu’on n’avait jamais vu un entraîneur comme moi, parce que j’échangeais avec les gens, je discutais avec les commerçants, j’allais prendre le thé. Je pense être assez aimé dans les régions où je suis passées parce que j’ai toujours respecté l’humain et les coutumes des pays. 

Le retour en Suisse était un objectif de carrière ?

Je n’ai jamais fait de plan de carrière. Je suis toujours allé là où j’étais demandé. En rentrant d’Afrique en mars 2018, je voulais faire le choix du cœur. J’avais deux possibilités, le FC Sion ou le Servette FC. En Valais, il y avait des opportunités dans la formation, mais ce n’était pas ce qui m’intéressait. A Genève, j’avais passé six bonnes années en tant que joueur, j’y ai encore de la famille et des amis. Je me suis présenté à la direction et on a trouvé la possibilité de travailler ensemble.

C’était risqué comme pari de reprendre l’équipe. 

Oui, il n’y a jamais rien de sûr dans le sport. Il faut que cela fonctionne entre les différentes parties, les joueurs, le staff technique, les dirigeants. J’avais des convictions et des certitudes. Je connaissais le club et sa fibre pour y avoir joué, je connaissais aussi le football suisse. J’avais l’expérience requise par le président. Ces éléments m’ont aidé. 

On n’oublie pas que vous avez été quatre fois champion suisse avec quatre clubs différents !

J’ai souvent été dans des bons clubs avec de bons joueurs. C’est plus facile de gagner ainsi. Mais c’est pas mal, peu de joueurs l’ont fait en Suisse. J’ai aussi gagné quatre coupes de Suisse. 

Vous avez évolué à l’étranger, à Saint-Etienne.

Pour moi, c’était un aboutissement. Ce club m’avait déjà sollicité lorsque j’avais 15-16 ans. A l’époque, je ne voulais pas quitter le Valais et ma famille pour partir seul dans un centre de formation. Une fois là-bas en tant qu’adulte, j’y ai énormément appris. Le milieu y est pointu, des médias aux joueurs, en passant par les dirigeants ou la fédération. J’ai joué dans les grandes villes, Paris, Marseille, Bordeaux, dans de grands stades. Je voulais vraiment sortir de la Suisse pour connaître un autre championnat et progresser autrement. C’était un rêve.

Aviez-vous d’autres rêves ?

La Coupe du monde ! La dernière pour la Suisse datait de 1966. Après un vide de 28 ans, on est arrivé à la faire en 1994. Je suis très fier d’avoir participé à cette campagne. Mes rêves de gamin étaient d’être joueur professionnel, de jouer à l’étranger et de faire une Coupe du monde. En 1994, c’est l’apothéose. On vit une compétition avec les meilleurs joueurs de la planète, on joue des matches contre les meilleures nations. En plus aux Etats-Unis, c’était le show à l’américaine. Les déplacements se faisaient en convoi, des hélicoptères nous escortaient. C’était une belle aventure !

Aujourd’hui avec ce titre, vous êtes un entraîneur heureux. A quoi vous attendez-vous l’année prochaine ?

J’ai beaucoup d’espoir, d’ambition et aussi une bonne vision. Si on arrive à bien collaborer, nous pouvons avoir un groupe compétitif en Super League. Nous devons perpétuer la tradition, maintenant qu’on a remonté le club dans cette catégorie. Il faut se mettre au travail tout de suite, non seulement pour recruter mais aussi pour accompagner l’équipe dans cette nouvelle ligue. 

Où vous voyez-vous dans 10 ans ?

Je ne serai plus sur les terrains, ou peut-être avec des jeunes. J’espère être dans des fonctions de dirigeants, dans un club ou une institution sportive. Je pense que j’aurais toujours l’envie de transmettre et d’être au contact avec le monde du football. Ça fait partie de ma vie.