Lors de chaque rencontre à domicile, une grande interview d'un joueur est publiée dans le programme de match. Nous vous le faisons découvrir ensuite sur notre site internet. Aujourd'hui, Boris Cespedes.


D’où viens-tu, Boris Cespedes ?

Je suis né à Genève et j’ai grandi à Vernier. J’ai directement commencé le football au Servette FC à l’âge de six ans. Je n’ai connu que ce club dans ma vie, à part deux prêts à Carouge.

Comment était ta scolarité ?
J’ai commencé à l’école de Poussy, ensuite Vernier-Place puis l’école des Ranches. Au cycle, j’étais à Budé car il n’y avait pas encore le sport-études à Cayla. C’était top, j’étais avec Kevin Mbabu mon pote. On n’avait pas l’école le mercredi et on finissait plus tôt le reste de la semaine, on était vraiment bien ! Enfin, école de commerce à Chavannes, où j’ai passé mon diplôme. J’aurais pu faire une matu professionnelle car j’avais de la facilité, mais le football me prenait déjà énormément de temps.

Tu as des origines boliviennes, est-ce exact ?
Oui, mon père est Bolivien et ma mère est Suisse, je suis bi-national. Jusqu’à mes 14 ans, je me rendais régulièrement dans ce pays pendant les vacances. Avec le football, j’ai eu de moins en moins le temps d’y aller et mes parents ne partaient pas forcément pendant les vacances scolaires. Cela fait donc une dizaine d’années que je n’y suis pas retourné.

En tant que bi-national, comment as-tu vécu les différentes « affaires » qui ont secoué l’ASF sur cette thématique durant l’été ?
On ne peut pas renier ses origines. Je comprends que quand tu joues contre un pays dont les liens avec ton pays d’origine sont « compliqués », tu as forcément un truc en plus qui te motive. Pour ce qui est de la célébration de l’aigle, elle n’était pas nécessaire, mais je ne pense pas que c’était prémédité.

Tu restes attentif à ce qui se passe en Bolivie ?
Quand je vivais encore chez mes parents, c’était plus facile car ils en parlaient régulièrement. Maintenant, plus trop. Je suis les résultats de la sélection nationale, qui ne sont d’ailleurs pas terribles depuis un moment. Le championnat local ne m’intéresse pas trop même si je reste à l’affut des résultats de l’équipe préférée de mon père, Oriente Petrolero.

Du coup tes liens avec ce pays sont très orientés sur le football ?
Oui c’est la seule actualité bolivienne à laquelle je fais attention. Mais j’ai la famille de mon père qui vit là-bas et on est encore en contact. On s’appelle par exemple pour se souhaiter bon anniversaire et lorsque mon père les a au bout du fil, environ une fois par semaine, il m’arrive d’être présent et de leur parler un peu. Ils suivent beaucoup ma carrière footballistique et me demandent quand est-ce que je vais jouer pour la sélection bolivienne !

Tu as déjà été approché ?
Oui, deux ou trois fois mais je ne me vois pas jouer là-bas. Le stade à domicile est le plus haut du monde, à 3’500 mètres. Je suis allé le visiter une fois avec ma famille, on était tous malades (rires).

C’est ton père qui t’a transmis la passion du football ?
Oui, carrément. Il était dans une équipe de Boliviens qui jouaient tout le temps ensemble, du côté de Lausanne. J’allais souvent avec eux. Il regardait tout le temps le foot à la télé donc j’ai baigné dedans depuis tout petit.

C’est lui qui t’a inscrit au SFC ?
Mon frère jouait déjà au Servette, du coup c’était plus facile pour mes parents d’amener les deux enfants au même endroit. J’ai toujours été surclassé jusqu’en M14.

Qui étaient tes premiers entraîneurs ?
J’ai commencé avec José Polidura qui est toujours au club. Ce qui est drôle, c’est que dans le cadre du parrainage de l’académie, je suis avec les FC7-8, l’équipe de José. Je suis allé donner un entraînement avec Mfuyi à ses joueurs alors que j’étais à leur place il y a quelques années ! J’ai eu Kaneja Muganda, qui est également toujours là, ainsi que José Da Costa qui est maintenant l’intendant de Balexert.

Tu es un vrai enfant du Servette ! Que représente ce club pour toi ?
C’est mon club de coeur, le club de ma ville. J’allais déjà aux Charmilles avec mon père quand j’étais tout petit. J’étais à Bâle en 2001 pour le dernier titre, je suis même entré sur le terrain à la fin du match sur les épaules de mon papa !

Quand tu es arrivé en professionnel, tu étais attaquant. Maintenant tu es un véritable 6. Comment s’est opéré cette métamorphose ?
Petit à petit, j’ai reculé. Les premiers amicaux, j’étais en pointe et j’ai même marqué quelques buts lors de mon arrivée chez les pros. En Challenge League, il y a pas mal de duels et comme j’étais assez frêle et jeune je pense que je n’avais ni la vitesse ni la puissance pour peser sur le front de l’attaque. Avec Kevin Cooper, j’ai été positionné en soutien de l’attaquant dans un rôle de 9 ½. C’est lors d’un prêt à Carouge que je suis passé en 6. Le coach, Eric Séverac, ne me faisait pas trop jouer au début. Après discussion avec lui, j’ai joué un match devant la défense. Cela s’est bien passé et je n’ai plus bougé ensuite. Tierno Bah, ancien Servettien, m’a beaucoup aidé et guidé pour connaître les spécificités de ce poste.

Tu préfères jouer quel poste du coup ?
Aujourd’hui, milieu défensif, mais si tu m’avais posé la question il y a trois ans j’aurais dit attaquant (rires). Ce poste me permet de développer au mieux mes qualités. Là, j’ai la plus grande marge de progression.

Si le coach te demande d’aller en pointe aujourd’hui, tu te sens comment ?
Je pense que j’ai toujours mes repères.

La sensation de marquer des buts, ça te manque ?
C’est un sentiment unique. Si je mets une belle transversale qui atterrit directement dans les pieds d’un ailier, il va y avoir quelques spectateurs qui vont apprécier et applaudir. Quand tu marques, tout le stade se lève, c’est différent.

Tu n’as pas beaucoup tenté ta chance cette saison. Pourquoi ?
On me demande beaucoup de rester devant la défense et je n’ai pas trop eu l’occasion de me retrouver en position de frappe. Mais, je suis un des trois tireurs désignés pour les coups francs avec Stevanovic et Wüthrich, donc l’occasion va se présenter.

Qui sont tes meilleurs amis dans le football ?
Karim Gazzetta, Bruno Caslei et Kevin Mbabu. Il y a aussi Maxime Dominguez mais je ne sais pas si c’est bien de le dire parce qu’il est chez l’ennemi (rires). Ce sont également mes amis dans la vie en général. Quand on fait beaucoup de football, on baigne dans ce milieu. J’ai des amis qui jouent aussi au niveau régional et j’ai les potes du quartier que j’ai depuis tout petit.

Quel métier aurais-tu voulu faire si tu n’avais pas été footballeur ?
Je ne me suis jamais vraiment posé la question. J’ai toujours voulu gagner ma vie avec le football. Ce sport ouvre également beaucoup de portes pour l’après-carrière. Je me vois bien être entraîneur, pas forcément chez les pros mais avec les juniors une fois que je ne serai plus joueur.

Tu écoutes quoi comme style de musique ?
Du rap et du reggaeton. Les musiques latines j’aime bien, il n’y avait que ça à la maison quand j’étais petit. 

Tu es un grand lecteur ?
Pas du tout. Je suis plutôt films et séries. En ce moment, je regarde Last Kingdom que je conseille fortement.

Quelle est ta plus grande fierté ?
D’avoir réussi à faire du football mon métier.

Ta plus grande déception ?
D’avoir compris trop tard que la préparation invisible est très importante pour exceller dans ce sport. Lorsque j’avais 18 ans, je n’étais peut-être pas assez sérieux et on te colle vite une étiquette dans ce milieu. En fait, comme j’avais tout assez facilement et vite, j’ai cru trop rapidement avoir fait le plus dur.

Si tu devais jouer dans une équipe d’un autre sport collectif ?
Les Lakers pour jouer avec Lebron James.

Si tu devais être un autre sportif ?
Ben Federer, normal, c’est le boss.

Question de Frick : tu n’en as pas marre de prendre des raclées au ping-pong ?
Il est drôle celui-là, il ne me bat jamais ! Il a déjà cassé trois raquettes car selon lui, j’ai trop de chance (rires).

T’es le meilleur de l’équipe au ping-pong ?
De loin, oui. Mais deux-trois joueurs commencent à devenir intéressants comme Cognat et Rouiller. Frick, par contre, il régresse.

Qui sera sur le prochain programme de match ?
Kastriot Imeri ! Je suis assez proche de lui. J’aime bien mon rôle de lien entre les anciens et les jeunes. Je suis au contact de tout le monde. Kastri est très attachant.

Quelle question doit-on lui poser ?
Est-ce qu’il aime bien le surnom de bulldog ?