Andrea Maccoppi évolue au Servette FC depuis l’été 2018. Ce joueur attachant nous transmet sa passion du football héritée de son père et de son grand-père. Depuis bientôt 10 ans en Suisse, il n’en oublie pas pour autant ses racines italiennes. Entretien.


D’où viens-tu Andrea ?

Je suis né à Milan mais j’ai voyagé dans toute l’Italie car mon père jouait au football. Il a joué en Serie A à Côme, Piacenza et Brescia, Ancona en Serie B et plusieurs clubs de Serie C.

Tu as beaucoup bougé dans toute l’Italie. Tu suivais toujours ton père ?
Oui et cela n'a pas toujours été facile. Quand tu es petit ça va, cela n’a pas beaucoup d’influence sur toi. Lorsque tu grandis et que tu entres dans l’adolescence, cela devient plus compliqué. Lorsque je suis passé à Piacenza pour aller à la Sampdoria à 14 ans, le déménagement a été difficile. Mon père entraînait la Primavera et je jouais chez les plus petits. Je suis resté à Gênes quand mon père a quitté le club, j’avais 16 ans.

Tu gardes des bons souvenirs de ton enfance ?
J’ai eu la chance d’avoir un père qui jouait en Serie A dans les plus belles années de ce championnat, lorsque c’était la ligue la plus dure et la plus prestigieuse du monde. Il y a des petits inconvénients par contre… 

Lesquels ?
Tu bouges tout le temps, tu changes d’école à chaque déménagement. Tu n’as pas d’attache et au final, pas vraiment beaucoup d’amis. J’ai un ami avec qui je suis resté en contact lorsque j’étais au collège à Piacenza et c’est tout. J’ai ensuite commencé ma carrière de footballeur en changeant également souvent de club…

On te parlait souvent de ton père quand tu étais plus jeune ?
Oui, lorsque j’ai débuté chez les pros à Piacenza, mon père avait stoppé sa carrière deux ans auparavant. J’étais un peu catalogué comme le fils de celui qui avait été vice-capitaine de la grande équipe de Piacenza qui avait atteint pour la première fois la Serie A. Cette équipe était très connue, car elle était composée uniquement d’Italiens.

Toute ta vie tourne autour du football ?
Oui. Comme je te l’ai dit, j’ai un véritable ami dans la vie et l’autre c’est le ballon. Je lui cours après depuis que je suis tout petit. 

Quelle est ta relation avec le football ? A quel point aimes-tu ce sport ?
Je l’aime plus que tout. Des fois, je l’aime au détriment de ma vie privée. J’ai dû parfois « écarter » ma famille pour poursuivre ma carrière. Lorsque je suis venu en Suisse, au début, ma famille est restée en Italie. Ce ne sont pas des choix faciles à faire… J’étais tout seul aussi à Lausanne, ma femme et mes enfants étaient restés en Italie, à Piacenza.

Piacenza, c’est ta ville finalement. C’est là où tu as le plus d’attaches ?
Non, pas vraiment. Mes parents sont de Milan et moi, j’ai tellement vadrouillé que je ne me sens pas « appartenir » à une ville ou à une région. Je me sens profondément italien, mais sans attache à une ville en particulier. Je suis resté longtemps à Piacenza, j’adore la ville de Côme et Gênes a une place particulière dans mon coeur aussi.

Ta famille est à tes côtés, désormais ?
Oui, je vis à Nyon avec ma femme et mes deux enfants, Alessandro, 5 ans, et Ricardo qui a un an. Avoir deux petits à la maison, c’est différent, ça te change la vie (rires). Je suis heureux de pouvoir participer à leur éducation et d’assumer pleinement mon rôle de père.

Tu connaissais Servette avant d’arriver ici. Quelle image avais-tu de ce club ?
Dix-sept championnats de Suisse ! J’avais aussi entendu parler des histoires compliquées que le club a dû traverser. Lorsque je suis arrivé à Locarno, j’ai demandé aux gens autour de moi : comment se fait-il que ce club si titré qui joue dans un si beau stade évolue en Challenge League ?

Et maintenant, après plus de six mois ici, que penses-tu du Servette FC ?
C’est le plus grand club pour lequel j’ai joué dans ma carrière. Piacenza, c’est bien mais l’histoire du Servette FC et notamment ses parcours en Coupe d’Europe, c’est immense. Ici, je retrouve la passion qu’il y a en Italie pour un club. Nous n’avons pas encore 15’000 personnes au stade mais je sens qu’il y a une vraie ferveur pour le football ici. C’est quelque chose que tu ne peux pas vraiment décrire, ni quantifier. Genève est une ville de football comme l’est Bâle ou Saint-Gall. Simplement, les gens ne viennent plus au stade.

Quels sont tes clubs préférés ?
De mon grand-père, j’ai hérité son côté juventine. La mentalité de ce club, c’est quelque chose, c’est la classe. Il y a une culture de la victoire que j’admire. L’Ajax aussi, pour sa philosophie, la façon de jouer et la magie qui se dégage de leur académie. J’admire aussi les Rangers en Ecosse. J’aime beaucoup de clubs, au final, j’aime surtout le football. Lorsque j’étais à Vaduz, j’avais pas mal de temps libre. Alors, je consommais énormément de football, jusqu’à deux matches par jour, plus des rencontres de basketball.

Comment se porte le football italien selon toi ?
Il est en déclin, même si on sent qu’il y a désormais des initiatives pour changer quelque chose. Nous avons été champions du monde en 2006, mais la chute de notre football a commencé au début des années 2000. Nous n’avons pas mis l’accent sur les jeunes footballeurs et nous n’avons pas vraiment développé nos secteurs de formation. Nous n’avons jamais cherché à avoir des nouveaux Del Piero, Totti ou Pirlo. Nous les possédions peut-être dans nos équipes de jeunes, mais, comme nous avions de l’argent, nous avons préféré recruter des joueurs à l’étranger plutôt que de développer la qualité des joueurs italiens. Les Anglais sont confrontés un petit peu à la même problématique maintenant, mais j’ai l’impression qu’ils font du bon travail avec leur sélection de jeunes. Nous avons trop acheté de joueurs à l’étranger et cela a fermé les portes de nos clubs aux jeunes joueurs italiens. Nous le payons cher aujourd’hui. En Italie, on cherche toujours la manière la plus rapide d’avoir des résultats, mais le football et dans le sport en général, ça ne marche pas comme ça.

La Suisse, c’est un peu ton deuxième pays, non ?
Footballistiquement, oui. Dans la culture, c’est différent. Les supermarchés ferment vraiment tôt ici (rires). La Suisse est un pays qui marche deux fois mieux que l’Italie. Je réfléchis à me faire naturaliser l’année prochaine, car cela fera dix ans que je vis ici.

Tu resteras en Suisse après ta carrière ? Que vas-tu faire après celle-ci ?
Je suis en train de passer mes diplômes d’entraîneur et je veux rester dans le football. En Suisse ou ailleurs, c’est égal, j’ai toujours aimé bouger. Le métier d’entraîneur m’a toujours fasciné. Comment ces mecs- là arrivent à faire cohabiter 26 caractères différents pour en tirer le meilleur ?

Si tu deviens entraîneur, comment joueront tes équipes ?
Elles défendront comme des Italiens et attaqueront comme des Espagnols ou des Hollandais (rires). Après, tout est une notion d’équilibre, c’est ce qu’il y a de plus important dans le football.

On parle beaucoup de football, mais aimes-tu d’autres sports ?
J’adore le basketball, même européen, je regarde beaucoup de matches. J’ai une petite passion pour le rugby également. Nous avons la chance d’avoir dans notre staff un ancien professionnel de ce sport (Frederic Dubrana, en charge de la éathlétisation), donc j’en profite pour échanger avec lui un maximum sur les spécificités du rugby.

Tu as d’autres passions que le sport dans ta vie ?
Après le collège, j’ai commencé une université en Italie de viticulture et oenologie. Dans la région d’où je viens, c’est une terre d’agriculture. J’adore le terroir et la campagne. Je ne bois pas beaucoup de vin mais j’adore boire un bon verre avec un bon repas. Malheureusement, j’ai dû arrêter cette formation universitaire quand j’ai quitté l’Italie.

Si tu devais passer une journée dans la peau d’un autre sportif, ce serait qui ?
Andrea Pirlo ou Manu Ginobili. Par ailleurs, Pirlo a acheté un vignoble dans la Franciacorta, région très connue pour son vin. Donc j’apprécie non seulement ses qualités de footballeur, mais également sa reconversion !

Si tu devais jouer dans une équipe d’un autre sport collectif ?
San Antonio Spurs. Pour leur mentalité, la qualité de leur entraîneur et l’organisation de la franchise. Et il y a aussi la qualité de leur jeu.

Qui prendrais-tu dans ton équipe de « five » ?
Je ne l’ai jamais vu vraiment jouer mais je prends Van Basten en pointe. Derrière, j’ai Maldini. Et au milieu avec moi, Cruyff et Pirlo.

Question de Yoan Severin : pourquoi dis-tu toujours « mozzarella cazzo » quand tu rates une frappe ?
La mozzarella, ça fait un peu flop flop, c’est tout mou (rires). Je frappe une mozzarella quand je fais un tir tout mou.

Qui sera sur le prochain programme de match et quelle question souhaiterais-tu lui poser ?
Steve Rouiller et la question est « Dove è il mio panino ? »