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Manu Bonvin, ostéopathe, est au SFC depuis plus de 10 ans. Il nous livre son regard sur la période spéciale que nous vivons actuellement et sur le football au temps du Covid.


Comment toi et toute l’équipe de physios vivez la période actuelle et le calendrier surchargé ?

C’est un rythme intense et une période spéciale pour nous mais également pour toute l’équipe. On a commencé une préparation qui a été tronquée par une quarantaine avant de repartir sur une série de matches tous les trois jours après quelques jours d’entraînement seulement. On passe du rien au tout. De notre côté, on fait un tournus sur les déplacements, on essaie de s’aider lorsque l’on sait qu’il y a plus de travail comme lors des journées après les matches. La priorité c’est la récupération des joueurs.

Est-ce que vous sentez que les joueurs sont plus demandeurs actuellement ?

Oui. Ils sont encore plus attentifs à la récupération. Quasiment tous les joueurs qui ont joué passent chez nous après les rencontres. On voit aussi les joueurs blessés. D’un autre côté, c’est la troisième situation comme ça que nous vivons, on commence à connaître. C’était nouveau lors du restart en fin de saison dernière, mais là nous commençons à être habitué. J’ai l’impression que nous apprenons à chaque fois, à tous les niveaux, à appréhender ces situations de semaines anglaises qui s’enchaînent.

Quelle expérience, tirée de la période du restart, pouvez vous appliquer actuellement ?

Je pense que cette question serait encore plus intéressante si elle était posée à nos préparateurs physiques. C’est incroyable : Une préparation de deux semaines, une quarantaine de dix jours, quatre jours d’entraînement puis la reprise de la compétition ! Pour nous, au niveau médical, je dois dire que je m’attendais à avoir encore plus de problèmes. Il est vrai que cet été nous avions eu très vite des petits pépins musculaires mais j’ai la sensation que c’est moins le cas actuellement. L’équipe et les joueurs se renforcent en termes d’adaptation et de récupération. Après il y a des blessures traumatiques comme celle de Bouba (Fofana) sur une mauvaise chute où la cadence des matches a peu d’influence.

En termes d’organisation du travail entre vous trois, comment cela se passe ?

C’est vrai que nous sommes trois avec Bastien Veillard et Christophe Hartmann à nous occuper de l’équipe au niveau médical, en plus des médecins. J’ai la responsabilité de planifier les présences de chacun et ce n’est pas forcément simple car les plannings changent souvent avec les quarantaines et les matches à rattraper. On ne sait parfois pas où l’on sera deux semaines après ! On doit s’adapter à chaque changement et faire preuve de flexibilité. Ce qui est top, c’est qu’on a une super entente entre nous et que nous essayons toujours de trouver les meilleures solutions pour l’équipe.  

Nous sommes au milieu de cette période de 6 matches en trois semaines. Comment évalues-tu l’état de santé général de l’équipe ?

Je trouve l’équipe vraiment bien. On a quelques pépins mais la majorité des joueurs arrive à enchaîner les matches. De notre côté, cela va tellement vite que l’on passe presque « en mode robot », on n’a plus le temps de réfléchir : on corrige ce que l’on à corriger et on repart sur le match suivant. Après Lausanne, l’équipe a eu un jour de récupération, s’est entrainée ce matin (entretien réalisé le lundi 15 février) et demain c’est déjà le déplacement à Lugano. Cela s’enchaîne à une vitesse folle et pour nous le plus important reste la récupération des joueurs.  

Il fait froid et on change régulièrement de surface entre l’herbe et le synthétique. Quelles conséquences pour les joueurs ?

Des études ont démontré qu’entre les synthétiques de dernière génération et les terrains en herbe, il n’y a pas de grandes différences en termes de blessures. On ne se blesse pas plus sur une surface que sur une autre. Ce qui amène les blessures, ce sont effectivement les changements de surface. Le mot clé ici, c’est l’adaptation, à tous les niveaux. On change tout le temps de rythme et tout le temps de surface : on passe d’un terrain en herbe glissant ou avec de l’herbe haute à un synthétique gelé avant de repasser sur de l’herbe etc. Il faut s’adapter, toujours. Les changements amènent peut-être quelques petits pépins musculaires, mais c’est dans ces conditions là que l’on se renforce également je pense.

Dans quel sens dis-tu ça ?

Ne pas toujours avoir les mêmes conditions ça nous permet de ne jamais être perturbé par quoi que ce soit. Peut-être qu’on aura un terrain boueux à Lugano mercredi soir mais ça ne doit surprendre personne, ni les joueurs ni le staff. J’ai vu une émission dernièrement avec Thierry Meynet (entraîneur de l’équipe de suisse de ski) qui rebondissait après le retour d’un athlète sur les conditions du jour (neige et jour blanc) en positivant cette situation car le sportif allait la retrouver dans la saison. Je pense que c’est la même chose pour nous. On a des conditions de terrains et météorologiques qui vont changer tout au long de la saison.

En parlant de météo : passer de -11° en ressenti à la Tuilière à plus de 10° mercredi à Lugano a-t-il une incidence sur l’organisme des joueurs ?

C’est vrai qu’il faisait vraiment très très froid ce week-end à Lausanne. Il faut être attentif à des petits refroidissements qui peuvent surgir chez les joueurs. Je ne pense pas que cela ait une grande conséquence pour eux. Cela nous arrivait chaque fois lorsque nous rentrions du Portugal les années précédentes.

Comment votre métier a-t-il évolué depuis le Covid ?

Nous portons des masques tout le temps, nous nous nettoyons et désinfectons régulièrement les mains ainsi que tout le matériel que nous utilisons. De plus, nous sommes régulièrement soumis à des tests covid.

Vous êtes finalement en « première ligne » quand un coach ou un membre du staff technique pourra garder ses distances, c’est beaucoup plus compliqué pour vous…

Oui totalement. C’est quelque chose de normal, le personnel soignant dans quelconque domaine que ce soit, est plus exposé. On a un métier où l’on voit énormément de personnes et où l’on ne peut pas garder les distances. On a chacun le masque et on prend le moins de risque possible. Après, nous n’avons aucune crainte de venir travailler non plus, sinon on changerait de métier.

Dernière question, vous tournez entre les trois physios et osthéos sur les présences aux matches. Est-ce que vous tenez un tableau de ceux qui gagnent plus que les autres ?

Non. On a des séries où tout d’un coup on gagne plus qu’avant ou alors on perd plus. J’ai l’impression que dans le football il y a des personnes qui sont attentives à cela, je ne sais pas si c’est de la superstition. Ce que je leur réponds généralement, c’est que s’il y avait un physio porte-bonheur, on n’aurait pas besoin de s’entraîner la semaine pour gagner les matches le week-end (rires).